Petit détour hors des technologies de l’information pour analyser cette fois-ci des approches caractéristiques des nouveaux conflits économiques plutôt qu’un secteur en particulier.
Novethic souligne dans un article mis en ligne le 11/01/2010 le risque juridique auquel est soumis le Mouvement pour le respect et les droits des générations futures (MDRGF) après la publication d’une étude sur la présence de résidus de pesticides dans les raisins.
Cette affaire, très largement traitée dans la presse et sur internet depuis 1 an et qui ressort suite à l’examen de la plainte le 6 janvier 2010, est significative d’un certain nombre de caractéristiques que nous retrouvons dans les projets d’intelligence stratégique et notamment ceux liés à des enjeux informationnels.
Il s’agit ici d’un dossier opposant une association (le MDRGF), défendant une posture idéologique, à une fédération, défendant des intérêts économiques (la FNPRT / Fédération Nationale des Producteurs de Raisin de Table). Ces caractéristiques ne sont pas neutres car elles ont un impact extrêmement fort sur la perception, à priori, des acteurs par l’opinion publique et sur les prédispositions de la société civile vis-à-vis des parties prenantes.
Dans le cas de conflits économiques asymétriques de ce type, la nature des acteurs structure les approches qu’ils mettent en place pour défendre leurs intérêts respectifs, que ces intérêts soient idéologiques, politiques ou économiques:
- le MDRGF s’appuie sur la perception par l’opinion de son objet social (défense de l’environnement), établie la légitimité de ses études par la signature de scientifiques (déclarés indépendants) et réalise des actions d’influence ayant pour objectif le retrait de certains produits ou méthodes du marché (pesticides, OGM, ionisation des aliments,etc.). Il donne à ses actions la résonance la plus forte possible en utilisant l’ensemble de la sphère de communication (média, hors-média et espace virtuel – ce que les communicants définissent par communication 360°).
- la FNPRT, pour se défendre, a tenté de communiquer (mais avec peu de succès compte tenu de sa position) et s’est surtout décidé à intenter une action judiciaire au motif d’un dénigrement (verdict le 10 février). L’effet final aura surtout été une cristallisation de l’action judiciaire et la mise en place d’une chaine de solidarité des mouvements associatifs afin d’être protégés contre les actions juridiques de ce type.
On a ainsi observé un glissement du contentieux sur la forme (conflit informationnel vers conflit juridique) puis sur le fond (protection de l’environnement vers protection des associations contre les SLAPP – Strategic Lawsuit Against Public Participation).
Par ailleurs, il est important d’observer que, dans ce conflit juridique, ce n’est pas le verdict qui définira qui a tort ou raison, et qui a gagné ou perdu. Au-delà de l’action judiciaire, il s’agit en effet d’un conflit informationnel et c’est peut-être ce qu’a oublié la FNPRT.
Les doutes qui ont été générés, les critiques d’ordre moral ou éthique, ne s’arrêteront pas à l’issue du procès.
Tout comme il peut y avoir une victoire militaire et une défaite informationnelle (guerre Liban-Israel par exempleà, il peut y avoir une victoire juridique et une défaite informationnelle.




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